Rappel : la structure d’un OKR
Un OKR associe un objectif à quelques résultats clés. L’objectif est une phrase qualitative et courte, qui donne une direction et l’envie de s’y mettre. Les résultats clés sont chiffrés, datés et vérifiables sans discussion à la fin du cycle. Le guide de Google sur les OKR recommande environ trois résultats clés par objectif et trois à cinq objectifs au plus ; le site What Matters, consacré à l’approche de John Doerr, qui a introduit la méthode chez Google, évoque trois à cinq résultats clés. Pour une équipe, deux ou trois objectifs par trimestre constituent un bon point de départ.
La forme la plus simple tient en une phrase : « Nous allons [objectif], mesuré par [résultats clés]. » Chaque résultat clé suit le même gabarit : un indicateur, une valeur de départ, une valeur cible, une échéance. Par exemple : « Faire passer de 70 % à 90 % la part des demandes traitées en moins de 24 heures, d’ici au 30 juin. »
Les OKR se distinguent des KPI, qui surveillent en continu la santé d’une activité, et des objectifs SMART, mieux adaptés aux engagements individuels. Le chapitre du guide consacré aux objectifs et indicateurs d’une équipe à distance explique comment combiner les trois.
Les exemples qui suivent sont des illustrations rédigées par la rédaction pour des équipes types ; ils ne décrivent pas des entreprises réelles. Les valeurs de départ et les cibles sont fictives : remplacez-les par vos propres mesures avant toute utilisation.
Les erreurs de rédaction les plus fréquentes
| Erreur | Exemple | Correction |
|---|---|---|
| Un résultat clé qui décrit une tâche | Lancer la nouvelle offre | Signer 15 contrats sur la nouvelle offre avant le 30 septembre |
| Aucune valeur de départ | Atteindre 85 % de clients satisfaits | Passer de 72 % à 85 % de clients satisfaits |
| Un objectif réduit à un chiffre | Objectif : + 12 % de chiffre d’affaires | Objectif : devenir le fournisseur de référence des PME de la région ; le chiffre d’affaires devient un résultat clé |
| Trop d’OKR | Six objectifs et vingt-cinq résultats clés | Deux ou trois objectifs, trois résultats clés chacun |
| Un indicateur sans contrepoids | Doubler le nombre de demandes clôturées | Ajouter un résultat clé de qualité : moins de 5 % de demandes rouvertes |
| Un résultat hors de portée de l’équipe | Faire monter le cours de l’action | Retenir ce que l’équipe influence directement |
Une vérification rapide élimine la plupart de ces défauts : relisez chaque résultat clé et demandez-vous si, le dernier jour du trimestre, deux personnes de bonne foi lui attribueraient la même note. Si la réponse est non, il manque un chiffre, une date ou une définition.
Une réécriture pas à pas
Version de départ : « Objectif : améliorer la communication interne. Résultats clés : organiser une réunion mensuelle, créer une lettre d’information, refondre l’intranet. » Trois défauts se cumulent : l’objectif est vague, les résultats clés sont des tâches, et rien ne permettra de dire à la fin du trimestre si la communication s’est améliorée.
- Nommer le problème réel. En creusant, on découvre que les équipes de terrain apprennent les décisions de la direction par les clients.
- Reformuler l’objectif à partir de ce problème : « Que chaque salarié connaisse les décisions qui le concernent avant nos clients. »
- Chercher des effets mesurables : 90 % des décisions de direction publiées dans le canal d’annonces sous 48 heures ; faire passer de 41 % à 70 % la part des salariés qui se disent informés à temps (enquête trimestrielle) ; aucune réclamation client liée à une information interne non transmise, contre 6 au trimestre précédent.
La réunion mensuelle et la lettre d’information ne disparaissent pas : elles deviennent des moyens, inscrits dans le plan d’action, et l’équipe reste libre d’en choisir d’autres si les résultats ne bougent pas.
Exemples pour une équipe commerciale
Objectif 1 : faire de nos clients existants notre premier relais de croissance.
- RC1 : porter de 38 % à 45 % la part du chiffre d’affaires du trimestre réalisée avec des clients existants.
- RC2 : faire passer le taux de renouvellement des contrats arrivant à échéance de 81 % à 88 %.
- RC3 : obtenir 10 premiers rendez-vous par recommandation d’un client, contre 3 au trimestre précédent.
Objectif 2 : raccourcir le cycle de vente sans brader nos prix.
- RC1 : réduire de 62 à 45 jours le délai médian entre premier rendez-vous et signature.
- RC2 : maintenir la remise moyenne accordée sous 8 %, contre 9,5 % aujourd’hui.
- RC3 : faire passer le taux de transformation des propositions envoyées de 22 % à 30 %.
Le RC2 du second objectif joue le rôle de contrepoids : sans lui, l’équipe pourrait raccourcir le cycle en multipliant les remises. Pour une force de vente itinérante, ces OKR ont un effet secondaire utile : ils obligent à tenir à jour, dans un outil commun, l’état de chaque affaire, que chacun garde souvent pour soi.
Exemples pour un service client
Objectif 1 : que nos clients obtiennent une réponse utile du premier coup.
- RC1 : porter le taux de résolution au premier contact de 64 % à 75 %.
- RC2 : ramener de 9 à 4 heures ouvrées le délai médian de première réponse écrite.
- RC3 : maintenir sous 5 % la part des demandes rouvertes.
Objectif 2 : ne plus répondre deux fois à la même question.
- RC1 : publier une réponse validée dans la base de connaissances pour les 30 motifs de contact les plus fréquents.
- RC2 : faire baisser de 25 % le volume de demandes portant sur ces 30 motifs.
- RC3 : faire passer de 78 % à 85 % la satisfaction mesurée après chaque échange.
Le RC1 du second objectif ressemble à une tâche ; il reste acceptable parce qu’il est vérifiable et qu’il conditionne le RC2, mais ne multipliez pas ce type de résultat clé. Il a aussi un effet utile dans une équipe de support répartie entre plusieurs sites ou domiciles : la base de connaissances devient la référence commune, et le client reçoit la même réponse quel que soit l’agent qui la lui donne.
Exemples pour une équipe RH
Objectif 1 : réussir l’intégration de chaque nouvel arrivant, même à distance.
- RC1 : 100 % des nouveaux arrivants disposent de leur matériel et de leurs accès dès le premier jour, contre 70 % aujourd’hui.
- RC2 : 90 % des nouveaux arrivants ont eu un point individuel avec leur manager à 30 jours et à 90 jours.
- RC3 : faire passer de 6,8 à 8 sur 10 la note moyenne de l’enquête d’intégration réalisée à 90 jours.
Objectif 2 : être à jour de nos entretiens obligatoires et en faire de vrais rendez-vous.
- RC1 : 100 % des entretiens de parcours professionnel dus sur le semestre réalisés et formalisés.
- RC2 : 100 % des managers concernés formés à la conduite de cet entretien avant le début de la campagne.
- RC3 : 60 % des salariés reçus repartent avec une action de développement planifiée (formation, mobilité, tutorat), contre 35 % lors de la campagne précédente.
L’entretien de parcours professionnel, prévu à l’article L6315-1 du Code du travail, a lieu au cours de la première année suivant l’embauche puis tous les quatre ans, un accord d’entreprise ou, à défaut, de branche pouvant prévoir une autre périodicité, sans dépasser quatre ans. Le premier objectif est donc un OKR engagé : on attend 100 %, pas 0,7. Le RC3 apporte la dimension qualitative qui évite de transformer l’obligation en formalité.
Exemples pour une équipe projet
Objectif 1 : livrer la nouvelle version de l’espace client sans dégrader le service.
- RC1 : mettre en production la version complète au plus tard le 15 juin.
- RC2 : moins de 3 incidents bloquants signalés par les clients dans les 30 jours suivant la mise en production.
- RC3 : 50 % des clients actifs utilisent la nouvelle version dans les 60 jours suivant son lancement.
Objectif 2 : travailler en équipe répartie sans nous noyer dans la coordination.
- RC1 : 100 % des décisions de projet consignées dans le registre des décisions sous 48 heures.
- RC2 : ramener de 6 à 3 heures par personne le temps hebdomadaire passé en réunions internes.
- RC3 : faire passer de 5,5 à 7,5 sur 10 la note moyenne de l’équipe à l’affirmation « je sais ce que font les autres et pourquoi » (enquête courte mensuelle).
Le RC1 du premier objectif est un jalon : on le traite comme un engagement. Le second objectif porte sur le fonctionnement de l’équipe plutôt que sur le livrable. C’est légitime pour une équipe qui vient de passer en mode hybride, à condition de ne pas en faire un sujet permanent : un trimestre ou deux, puis l’on revient aux résultats.
Exemples pour le dirigeant d’une PME
Dans une PME de quelques dizaines de salariés, les OKR de l’entreprise sont souvent ceux du dirigeant. Ils doivent rester peu nombreux pour que chaque équipe puisse s’y rattacher par un ou deux OKR à elle.
Objectif 1 : rendre l’entreprise moins dépendante de quelques gros clients.
- RC1 : ramener de 52 % à 40 % la part des trois premiers clients dans le chiffre d’affaires.
- RC2 : signer 8 clients dans le nouveau secteur visé.
- RC3 : maintenir la marge brute au-dessus de 35 %.
Objectif 2 : faire de notre organisation hybride un atout pour recruter et fidéliser.
- RC1 : réduire de 75 à 50 jours le délai moyen de recrutement.
- RC2 : ramener de 30 % à 15 % la part des recrues qui quittent l’entreprise dans leur première année.
- RC3 : chaque manager tient un point individuel au moins toutes les deux semaines avec chaque membre de son équipe, sur tout le trimestre.
Le RC3 décrit une pratique managériale plutôt qu’un résultat. On l’admet dans un OKR engagé quand il s’agit d’installer une habitude, pendant un ou deux cycles. Notre trame de one-to-one aide à donner un contenu à ces points.
Ces OKR d’entreprise se déclinent ensuite sans cascade mécanique. L’équipe commerciale peut reprendre le RC2 du premier objectif comme objectif propre (« Ouvrir le nouveau secteur »), avec ses résultats clés : rendez-vous obtenus, propositions envoyées, contrats signés. L’équipe marketing peut se fixer un objectif de notoriété dans ce secteur. Chaque équipe montre ainsi à quel OKR d’entreprise elle contribue, tout en choisissant elle-même comment. Dans une entreprise hybride, ce lien rendu visible dans le document partagé tient lieu des conversations informelles qui, au bureau, expliquaient pourquoi chacun travaillait sur tel sujet.
Suivre ses OKR à distance : rythme et notation
Des OKR bien rédigés ne servent à rien s’ils ne sont relus qu’en fin de trimestre. À distance, le suivi doit être écrit, visible et régulier :
- Un document unique, partagé avec toute l’équipe : objectif, résultats clés, valeur de départ, valeur actuelle, cible, responsable, niveau de confiance.
- Une mise à jour hebdomadaire asynchrone : chaque responsable actualise sa ligne avant la réunion d’équipe et note sa confiance sur 10. La réunion ne traite que les lignes en difficulté.
- Un point mensuel pour décider d’éventuels ajustements. On peut abandonner un résultat clé devenu sans objet, à condition de l’écrire et de dire pourquoi.
- Une notation trimestrielle, suivie d’une courte rétrospective : qu’avons-nous appris, que changeons-nous au prochain cycle ?
Plusieurs façons de noter coexistent. Andy Grove, chez Intel, notait de manière binaire : atteint ou non. Beaucoup d’équipes utilisent un code couleur, rouge, orange ou vert. Google note chaque résultat clé de 0,0 à 1,0 et en fait la moyenne, parfois pondérée, pour l’objectif ; pour les OKR ambitieux, une note de 0,6 à 0,7 est considérée comme la cible. Quelle que soit l’échelle, annoncez à l’avance si un OKR est engagé (on attend 1,0) ou ambitieux (0,7 est un succès).
Gardez enfin la notation à l’écart de la rémunération. Les OKR descendent du management par objectifs (chez Intel, Andy Grove parlait d’« iMBO »), mais ils s’en écartent sur ce point : indexer une prime sur la note pousse chacun à proposer des cibles faciles. Les OKR se discutent dans les points d’équipe et les échanges individuels ; l’appréciation de la contribution de chacun relève de l’entretien annuel, sur des critères plus larges.